Le Brésil. Imaginé, fantasmé. Le Nouveau Monde nous ouvre ses portes. Ses dimensions sont océaniques, 3 200 miles de côtes, une infinité de cours d’eau, une culture riche de ses nombreuses régions. Après une magnifique Transat’ de 15,5 jours, les portes du Rio Paraíba s’ouvrent. Vous respirez, vous écoutez, ce mélange eau, terre, vous regardez cet horizon luxuriant fait de palmiers et d’arbres exotiques. Peu à Peu la civilisation se découvre.

Après quelques miles à se jouer des fonds, nous arrivons au mouillage de la Marina Jacaré Village. Tout commence. « Bom dia ! Vous allez voir les gars ici l’histoire… » C’est Enrique, un « pirate » de Madère qui nous accueille. La Marina est un véritable lieu de partage, de vie. Les rencontres sont riches et inspirantes. Ici les aventures se vivent et se racontent. Nicolas et Francis gèrent ce lieu. Autodidacte, inspiré, Nicolas a également repris en main le restaurant de la marina. Ce chef atypique a une réelle curiosité pour la cuisine amazonienne, riche de sa flore, de ses poissons, de ses techniques qu’il aime nous partager. Ensemble, nous allons nous attaquer à un monument de la cuisine Brésilienne, la Feijoada.

La feijoada est comme toutes les histoires de plats sentimentaux: controversée. Une bataille courtoise et pacifique demeure entre deux thèses. La première raconte que ce plat emblématique a été inventé par les esclaves, plat du pauvre, imaginé pour utiliser les bas morceaux du cochon. La seconde nous enseigne que la feijoada, loin d’avoir été imaginée par des Angolais et des déportés, est une recette portugaise qui a vu le jour au Brésil et qui ne daterait que des siècles classiques (source : Gilles Lapouge : Dictionnaire amoureux du Brésil). Seule certitude pour nous, la feijoada est un joli petit résumé comestible des influences culturelles du Brésil. Cette marmite de haricots, de viandes, agrémentée de chou, orange, ananas, augmenté de farofa, et accompagnée de riz est excellente ! Bien faite, parfaitement cuite, les goûts se mélangent tout en restant identifiables. C’est aussi, selon le Chef Nicolas, un plat convivial, à manger toujours avec au moins 6 invités. Nous serons donc 15 !

Sous l’impulsion du chef, nous décidons d’organiser un grand buffet. Tout le monde est convié moyennant une participation de 25 reals, nous permettant de rentrer dans nos frais et amortir un tant soit peu les coûts de réparation de la grand-voile. Préparé avec attention le matin même, chaque recette sera dressée avec soin dans des plats en terre cuite, argile, bois, chinés ici et là le long des rios amazoniens par le Chef. Les couleurs sont vives et appétissantes. Au-delà des frontières, nous avons réuni 15 personnes avec qui nous partageons le goût simple des bonnes choses. C’était sans compter sur l’énergie de chacun pour faire de ce déjeuner une véritable fête diurne ! Le Brésil !

C’est dans une ville équatoriale posée à l’embouchure de l’Amazone que nous explorons les origines de cette gastronomie. Tout commence au Ver-o-peso (littéralement « voir le poids ») de Bélem, la capitale de l’Etat du Pará, au beau milieu de l’Amazonie brésilienne. Ce marché en plein air – le plus grand d’Amérique latine – s’étale le long du fleuve Amazone depuis la fin du XIXe siècle, lorsque Belém est devenu la capitale du caoutchouc; auquel elle a dû sa prospérité. Fruits, légumes, plantes, poissons, piments… venus de toute la région, nous sommes émerveillés par ce spectacle multi-sensoriel.

Dans la partie restauration de ver-o-peso, plus de 150 « box », des barraqueiras où des cuisinières aux sourires imperturbables préparent une cuisine Paraense traditionnelle. Elles sont le cœur de la cuisine amazonienne, gardant le souvenir des spécialités.

La base de la cuisine amazonienne est le manioc, dégusté de la feuille à la racine. Il est utilisé dans la grande majorité des plats de la région, comme la maniçoba, un ragoût de feuilles moulues et bouillies accompagné de viande de porc ou de bœuf. On extrait des feuilles de manioc le fameux tucupi, un condiment juteux jaune présent dans une bonne moitié des plats typiques de la région. Le jambu est l’autre ingrédient incontournable. Cette plante, à situer entre l’épinard et la roquette, surprend au premier abord. En quelques dizaines de secondes, elle picote puis anesthésie totalement la langue et les lèvres. Une sensation particulière appréciée à bord. Autre symbole de l’identité du Para, le tacaca et ses vendeuses, les tacacazeiras, (une soupe de crevette à consistance gluante que l’on retrouve à chaque coin de rue du centre décrépi de Belèm), ont été classés « Patrimoine culturel immatériel du Para » en novembre 2013, par l’Unesco. On n’imagine même pas la diversité d’aliments que l’on peut découvrir. L’Amazonie est immense et la forêt recèle tant de secrets !

Du Fromage !?? L’ilha do Marajo, est une île à la végétation luxuriante à l’embouchure du fleuve – aussi grande que la suisse, avec une superficie de 50 000 km2. C’est sur cette île, dans la petite ville de Soure, que nous nous retrouvons à notre grande surprise nez à nez avec des buffles qui paissent çà et là en détente dans les rues. Au-delà de cette simple curiosité, de nombreuses fermes, élevages, s’affairent pour produire un fromage de bonne qualité : la « mozzarella » di buffalo. Ce fromage non affiné ravira nos papilles durant les 1000 miles qui nous séparent de Kourou en Guyane Française notre prochaine escale.

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